La croisière : une industrie importante pour l’économie locale

La croisière constitue un réel levier de croissance économique dont profitent tous les Etats de la Caraïbe. Par son caractère archipélagique, les escales se déroulent en Guadeloupe sur plusieurs sites : Pointe-à-Pitre (port d’embarquement de plusieurs compagnies de croisière), Basse-Terre, Deshaies, Les Saintes, Marie-Galante (223 escales saison 2022-2023).

Comparativement aux îles voisines, la Guadeloupe affiche un léger retard en termes de trafics de croisière, mais poursuit les efforts pour développer cette activité qui constitue un enjeu socioéconomique majeur pour notre territoire. L’arrêt complet des croisières en mars 2020, faisant suite à l’épidémie de Covid-19, a fortement impacté de nombreuses destinations dont la Guadeloupe. Cette période blanche a été mise à profit pour mettre en place les conditions d’un retour des navires de croisière, en poursuivant les contacts et échanges avec les compagnies. L’ouverture de la saison 2022-2023 en octobre dernier en a été le témoignage.

Cette évolution est le résultat d’un travail de fond mené par les partenaires croisière de la destination auprès des compagnies de croisières accompagné d’importants investissements engagés tant par l’autorité portuaire sur la modernisation des infrastructures d’accueil que par l’autorité aéroportuaire sur l’adaptation des infrastructures pour le traitement rapide des passagers en provenance d’Europe et de leurs bagages. En 2018, la croisière a rapporté plus de 50 millions d’euros en Guadeloupe selon une étude du bureau d’études BREA (Business Research and Economic Advisors).

Si les perspectives de développement de l’activité croisière sont bien orientées dès la saison prochaine (2023-2024), un point d’alerte est cependant relevé par l’autorité portuaire ; à savoir l’application de la nouvelle Directive européenne ETS qui s’inscrit dans une démarche environnementale de long terme.

En effet le Parlement européen vient d’approuver le 18 avril 2023, l’élargissement de l’ETS ‘’Emission Trading System’’ au secteur maritime dont la croisière. L’entrée en vigueur de ce dispositif interviendra progressivement entre 2024 et 2030 dès son adoption par les Etats membres de la Commission européenne. Ce dispositif va entrainer la taxation de tous les navires escalant dans les ports européens avec pour corollaire une application* dans les deux régions ultrapériphériques des Antilles, Guadeloupe et Martinique. Si ce dispositif s’inscrit pleinement dans la logique positive de décarbonation de l’environnement maritime avec pour objectif de réduire drastiquement les émissions de GES (gaz à effet de serre) de l’UE d’ici 2030, il y a lieu de s’interroger sur sa répercussion aux deux RUP des Antilles dans une zone Caraïbe composée de 33 Etats et destinations des navires de croisière ou ce dispositif ne sera pas applicable.

*L’application du dispositif et des émissions à compenser est applicable aux Régions Ultrapériphériques : Guadeloupe, Martinique, Guyane, Saint-Martin (partie française), Mayotte, la Réunion (France), Madère, les Açores (Portugal) et les Canaries (Espagne).

Le GPMG accorde d’ores et déjà une vigilance particulière à ce futur dispositif aux fins d’en mesurer les effets potentiels sur le développement de l’activité croisière.

Marc Gautier

Directeur de la Prospective (GPMG)